entre construction et intuition.

Ma démarche créative s’élabore en strates, à l’image d’un projet architectural.

L’idée initiale naît souvent d’un mot, d’une abstraction, d’une image mentale fugace. Ces intuitions sont notées, conservées, parfois longtemps en attente — le temps qu’elles sédimentent, qu’elles trouvent leur forme et se traduisent en croquis.

Vient ensuite le dessin, puis la mise en géométrie : un passage de l’intuition au plan, matérialisé par un patron à l’échelle 1. Cette étape rigoureuse, héritée du processus architectural, prépare la phase de façonnage, où le geste s’autonomise presque de la réflexion, dans un mouvement de liberté.

Les séries traduisent des explorations entre architecture, formes naturelles et modularité.
Chaque projet est pensé comme un fragment de territoire, une micro-architecture à recomposer, où la lumière, le relief et la matière créent un dialogue entre espace et regard.

Processus.

Série Origami — Restaurants L’Abysse.

Cette série de sculptures et de muraux a été conçue pour les restaurants L’Abysse, dans un dialogue étroit avec l’esthétique et la philosophie japonaises.
Elle puise son inspiration dans la rencontre entre l’origami — art ancestral japonais du pliage, non pas comme motif décoratif mais comme principe de construction de la forme et de l’espace — et mes réflexions sur la temporalité humaine et terrestre.

Les volumes, architecturés et épurés, sont pensés comme des pliages de la matière, où chaque arête, chaque creux et chaque porte-à-faux participent à une mise en tension entre rigueur géométrique et fragilité apparente.
À l’image de l’architecture japonaise, la forme ne s’impose pas : elle se révèle par la lumière et par l’ombre sur une matérialité brute.

Ce travail est profondément nourri par L’Éloge de l’ombre de Jun’ichirō Tanizaki, dans lequel l’auteur décrit la beauté de la pénombre, des surfaces patinées et de la profondeur silencieuse des espaces japonais.
Dans les sculptures Origami, l’ombre devient un matériau à part entière : elle glisse sur les reliefs, habite les plis, accentue les vides et donne aux pièces une présence à la fois discrète et intense.

Installées dans les restaurants L’Abysse, ces sculptures dialoguent avec l’expérience gastronomique :
comme les plats, elles sont des constructions de précision, de rythme et d’équilibre, où le geste tient une place essentielle, et où le temps, la lumière et le regard transforment sans cesse la perception.

Les pièces deviennent ainsi des micro-architectures, des fragments de paysage minéral et silencieux, inscrivant la matière, la lumière et l’ombre dans un même espace de contemplation.

Restaurants L'Abysse.

La Danse.

Anaïs Vindel × Caroline Desile
Scénographie et performance.

La Danse est une invitation à entrer en mouvement avec les œuvres, à les vivre et les expérimenter physiquement.
Le spectateur devient un danseur involontaire, guidé par une scénographie rythmée par la répétition, l’assemblage et la circulation dans l’espace.

Conçu comme un paysage sensible, le dispositif associe sculptures en grès et peintures pour créer une partition vivante, faite de plans, de seuils et de trajectoires.
Chaque élément — territoire sculptural ou pictural — participe à la composition d’un espace à parcourir, révélant les œuvres sous différents angles au fil d’un dialogue mouvant entre matière et lumière.

Les reliefs, les courbes en mutation et les compositions des toiles tissent une chorégraphie visuelle, évoquant un mouvement perpétuel, une transformation en suspens.
Dans cet échange, la matérialité brute du grès répond à la poésie vibrante des toiles : la rigueur architecturée des sculptures se mêle à l’organicité de la peinture, faisant naître un langage commun, une danse entre structure et spontanéité.

La lumière, dorée et rasante, façonne ce paysage imaginaire.
Elle découpe les volumes, caresse les surfaces, révèle les nuances et inscrit le temps dans la matière.
Dans cet écrin de pigments et de grès, le mouvement ne se limite plus à la composition : il est incarné par la présence des corps.

Les œuvres deviennent alors des partenaires de jeu.
Elles se déplacent, se recomposent, s’offrent au toucher et à l’équilibre.
Assis, en appui ou en suspension sur les formes, les corps éprouvent la rugosité du grès, la douceur des toiles, et transforment l’espace par leur passage.

Chaque interaction redessine la scénographie, comme une partition qui se réécrit au fil des ombres et des gestes.
Ici, la danse devient un langage — un échange entre le corps, la matière et la lumière, une respiration commune entre l’humain et l’espace créé.

Lorsque le mouvement s’efface, il ne reste qu’une trace fugace :
un paysage transformé, une mémoire de gestes, comme un souffle inscrit dans la lumière.

La Danse.

Le Fragment — Le Mur Habité

Emma Lacoste × Caroline Desile
Recherche céramique et installation murale.

Quatre mains, un dialogue.

Ce projet explore la rencontre entre matière, relief et lumière à travers un ensemble de modules en grès conçus comme des fragments de paysage.
Chaque élément devient une trace, une empreinte, une unité à la fois autonome et relationnelle, pensée pour habiter le mur, structurer l’espace et engager le regard.

Les modules se composent comme une géographie intérieure :
un territoire à construire, déplacer et recomposer, où chaque fragment dialogue avec les autres dans une écriture murale ouverte.

Ancré dans une démarche sensible et locale, le projet s’appuie sur l’utilisation de grès et de cendres végétales, travaillés à partir de gestes répétés et d’une recherche approfondie sur les émaux.
Le feu devient un partenaire du processus, révélant les nuances, les accidents et les profondeurs de la matière.

Ici, la recherche est lente.
Elle tisse un lien entre le projet, sa matérialité et son territoire, et fait de chaque surface une possibilité d’habiter autrement le mur.

À travers ces fragments, le mur cesse d’être un simple support :
il devient un paysage, une peau, un espace vivant où se déposent la lumière, la matière et le temps.

Le Fragment — Le Mur Habité.